Bernard Tapie insolvable en France et millionnaire en Belgique

Pour la justice française, Bernard Tapie est toujours en liquidation judiciaire. Ce qui ne l’empêche pas de flamber avec les 300 millions versés par le Trésor public.

Bernard Tapie insolvable en France et millionnaire en BelgiqueCe n’est pas une blague. Bernard Tapie, qui a empoché 308 millions d’euros en 2009 ( nets d’impôts) à titre de dédommagement après la vente d’ Adidas, est officiellement insolvable ! Plus de 3 ans après le versement des fonds par le Trésor public, il est toujours en liquidation personnelle, c’est à dire en faillite. Ce qui ne l’empêche pas de bien vivre. En témoignent ses emplettes récentes, effectuées par des sociétés logées dans des paradis fiscaux: yacht à 40 millions, avion à 25 millions, maison à Saint-Tropez pour 47 millions. Total: plus de 100 millions dépensés par le liquidé le plus riche de France.

Selon l’avocat de Tapie, Maurice Latourne, ce sont quelques petites ardoises résiduelles qui bloquent la sortie de sa liquidation. Notamment une dette de 3,8 millions auprès de l’ Urssaf des Bouches-du-Rhône, remontant à l’époque lointaine où Tapie s’était porté caution pour l’ OM. Depuis des années, Tapie conteste la facture, et l’affaire traîne en justice. Elle est actuellement examinée par la Cour de cassation. Mais, pour lui, rien ne presse, au contraire.

Tapie a en effet touché l’intégralité de son pactole. Le syndic de liquidation, Jean-Claude Pierrel, n’a exigé qu’une caution bancaire de 15 millions pour les quelques autres dettes. Tant qu’elles ne sont pas réglées, il n’a rien  à payer. Et reste en liquidation. Un statut qui, autre avantage, le met à l’abri de la cupidité de certains créanciers. Tel André Guelfi, qui brandit un accord signé de la main de Tapie et prévoyant le partage des gains d’ Adidas. Puisque Tapie est en état de faillite, Guelfi – 93 ans- ne peut faire valoir ses éventuels droits en justice, son débiteur étant légalement insolvable.

Un insolvabilité dont beaucoup se contenteraient. Un document juridique, que le canard enchainé a pu consulter, retrace les comptes quasiment définitifs de la liquidation de Tapie. Les chiffres les plus fantaisistes ont circulé, l’ancien patron d’ Adidas prenant un malin plaisir à brouiller les cartes, tandis que l’administration tentait de minimiser la débâcle. Tapie a donc encaissé, après paiement de tous les impôts, très exactement 233 millions d’euros au titre du solde de l’ affaire Adidas. A quoi se sont ajoutés 45 millions non imposables au titre du préjudice moral subi par lui-même et son épouse. Et il a récupéré son hôtel particulier de la rue des Saints-Pères ( qu’il estime à 30 millions). Total: 308 millions d’euros. Dont il faudra, il est vrai, retirer quelques-unes des petites ardoises contestées par Tapie. Très loin des proclamations de la ministre de l’ Economie qui  affirmait en août 2008 qu’une fois le fisc et tous ses créanciers dédommagés il ne lui resterait qu’une trentaine de millions.

Cette somme de 308 millions est d’autant plus énorme qu’elle résulte – à hauteur du tiers – d’erreurs commises par les pouvoirs publics. Ainsi, lors de la mise en liquidation de Tapie, en 1994, le CDR ( chargé de liquider les actifs du Crédit Lyonnais) a malencontreusement oublié de faire valoir une petite dette de 720 000 euros. Avec 15 ans d’intérêts, elle atteindrait 1,5 million. Au début de 1995, c’est le Trésor public qui omet à son tour de faire inscrire une créance de 19,8 millions d’euros. Avec les intérêts, le manque à gagner représente 30 millions.

La championne toute catégorie en matière d’étourderie, c’est la SDBO, la filiale du Lyonnais alors en affaires avec Tapie. Elle avait bien fait enregistrer auprès du liquidateur sa créance de 163 millions. Mais en oubliant de demander que soient comptabilisés les intérêts à valoir sur cette somme. Résultat, au lendemain du jugement arbitral de l’ été 2008, la SDBO a bien reçu 163 millions et pas un sou de plus. Les 80 millions d’intérêts qu’aurait produits cette somme au taux légal se sont envolés, au bénéfice de Tapie. Lui n’a pas commis cette erreur de débutant: son indemnisation prévue par l’ arbitrage a été gonflée de 130 millions d’intérêts.

Enfin, ultime douceur, Tapie n’a pas eu à se plaindre du traitement fiscal qui lui a été infligé. A Bercy, où officiait Christine Lagarde, qui a organisé l’arbitrage, la discussion a été « longue et difficile » se souvient un haut fonctionnaire. Mais cela en valait la peine: le décompte révèle que Tapie n’a réglé que 28 millions d’impôts ( sur les sociétés, TVA, taxes professionnelle et foncière). Moins de 10% du pactole qu’il a récupéré.

« Pour que les gens ne descendent pas dans la rue avec des piques explique Tapie à l’ Express, il faut que l’ Etat soit juste. » Comme l’Etat l’a été avec lui, mieux que juste, il ne descend pas dans la rue mais en Belgique. Il y a installé ses sociétés et l’essentiel de son patrimoine. La même manoeuvre qu’a commencé d’effectuer Bernard Arnault, dont Tapie disait dans Le Parisien: « L’Etat l’a aidé financièrement. Quand on est citoyen d’un pays, il faut savoir vivre les côtés agréables, mais aussi accepter ceux qui le sont moins« . Parole d’expert.

source: le canard enchainé

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