Combien coûte le nouveau ministère de la Défense ?

Bouygues a raflé un marché de 3,5 milliards d’euros pour construire et entretenir le nouveau ministère de la . Mais de vilains soupçons de « corruption » et de « favoritisme » viennent gâcher la fête…

Coût du nouveau ministère de la DéfenseAvant même d’être sorti de terre, le nouveau ministère de la Défense, le fameux Pentagone à la française, se trouve sous le feu du pôle financier du Palais de Justice de Paris. Une information judiciaire pour « corruption » et « favoritisme » a été ouverte, dans la plus grande discrétion, par le parquet en février 2011. Cette enquête vise les conditions d’attribution à Bouygues du marché de construction du nouveau ministère de la Défense.

Décidé par , le chantier pharaonique du nouveau ministère de la Défense coûtera 3,5 milliards d’euros et devra permettre de regrouper, d’ici à 2015, l’ensemble des états-majors et des services centraux de la Défense dans un complexe flambant neuf, situé près de la place Balard.

Malgré un appel d’offres européen, les groupes français Bouygues, Vinci et Eiffage ont été les seuls candidats pour ce gros marché passé dans le cadre d’un partenariat public-privé. Une procédure un peu particulière : le gagnant s’est engagé non seulement à construire les 300 000 m² du nouveau ministère de la Défense, mais aussi à les équiper de la cave au grenier et à les entretenir pendant 27 ans. En contrepartie, l’ Etat devra lui verser une redevance annuelle de 132 millions d’euros durant toute la durée du contrat !

En novembre 2010, alors que la compétition est censée battre son plein, les policiers de la Division nationale des investigations financières ( Dnif) reçoivent un drôle de tuyau. Selon leur source, particulièrement bien informée, le partenariat public-privé de Balard camoufle en fait un partenariat ripoux-bétonneur. Et Bouygues est mis en cause.

Alerté par les policiers, le parquet prend l’information au sérieux et ouvre aussitôt une enquête préliminaire. Des écoutes téléphoniques permettent bientôt de conforter les soupçons, et, en février 2011, une information judiciaire est confiée au juge Serge Tournaire.

Selon les premiers éléments recueillis par les enquêteurs, Bouygues aurait eu accès avant ses concurrents, et peut-être de manière frauduleuse, au « cahier des charges » du marché. Ce document essentiel détaille les besoins et les exigences du ministère de la Défense pour la construction de son nouveau siège. Sa diffusion prématurée, auprès de l’un des candidats, remet en cause la régularité de l’appel d’offres.

Un haut responsable du ministère de la Défense est suspecté d’avoir transmis ce cahier des charges à un cadre dirigeant de Bouygues. Tous deux ont été identifiés, mais leurs noms semblent classés « secret défense » ! Idem pour celui d’une 3ème personne qui aurait joué les intermédiaires : un entrepreneur de BTP, déjà connu des policiers pour des faits de corruption dans d’autres marchés publics.

« Nous ne savons pas encore s’il s’agit d’une maladresse, d’une erreur, ou s’il y a eu une contrepartie financière« , précise une source judiciaire. Pour l’heure, aucune mise en examen n’a été prononcée.

Informé de l’ouverture de l’enquête judiciaire dès le mois de février, le gouvernement a préféré mettre la tête dans le sable. Après avoir choisi Bouygues, le 17 février, il a poursuivi les discussions avec le bétonneur comme si de rien n’était. Et il a signé le contrat en grande pompe le 31 mai.

Cette enquête judiciaire tombe au pire moment pour ce chantier du nouveau ministère de la Défense, emblématique du quinquennat. Si le contrat est signé, le permis de construire, toujours en cours d’instruction, se trouve au coeur d’une violente bataille juridique que se livrent l’ Etat et la Ville de Paris. L’équipe de reproche au ministère de la Défense et à Bouygues d’avoir piétiné le plan local d’urbanisme de la capitale. Le gouvernement a riposté en lançant une procédure spéciale qui permet à l’Etat de modifier d’autorité ce plan d’urbanisme.

En abandonnant ce projet et en revendant, pour 2 milliards d’euros, les 16,5 hectares du site, l’ Etat français économiserait 5,5 milliards d’euros !

Le ministère de la Défense, lui, a cru bon de se vanter, dans un communiqué de février 2011, d’avoir mené avec les candidats « un dialogue compétitif, dense et fructueux ». « Fructueux », sans doute. Mais pour qui ?

source: le canard enchainé

 

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