Exil fiscal d’ Eurofins

Eurofins exil fiscalTous les candidats à l’élection présidentielle sont d’accord: pour lutter contre l’exil fiscal, des taxes, si dissuasives soient-elles, ne suffiront pas. Il faudra aussi renégocier une partie des traités européens qui ont instauré la libre circulation des personnes et des capitaux, et remettre en chantier les conventions qui lient la France à certains paradis fiscaux. Qu’ils soient membres de l’ , tels la Belgique et le Luxembourg, ou non, comme la Suisse, Panama ou les îles Caïmans. Un exercice qui s’annonce aussi long que délicat, comme le montre l’exemple de la société française Eurofins Scientific.

Rare entreprise française à être leader mondial dans son domaine ( la bio-analytique des aliments et des boissons), Eurofins, créée à Nantes en 1987, réalise plus de 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires et emploie 10 000 personnes de par le monde. Depuis son introduction en Bourse, le cours d’ Eurofins a été multiplié par 33, et son chiffre d’affaires augmente de 40% par an. Inscrite au registre du commerce en France depuis 24 ans, Eurofins est en passe de s’en faire radier et d’installer son siège social au Luxembourg, Etat fondateur de l’ Union européenne.

Ce déménagement va permettre à Eurofins d’échapper pour une bonne part au fisc français. Pas sur ses filiales domiciliées en France, où Eurofins continuera de régler ses impôts sur les bénéfices. Mais, grâce au statut de société européenne installée dans le Grand-Duché, Eurofins échappera désormais pour partie à la fiscalité sur les dividendes perçus par ses établissements dans le monde et, surtout, à toute imposition sur les plus-values de cession de participation.

Comme le souligne un avocat fiscaliste consulté par « Investir- Le Journal des finances », qui a révélé cet exil fiscal, l’opération présente un autre intérêt: « L’aspect successoral, pour une entreprise familiale cotée qui part au Luxembourg, est évident. » En termes moins pudiques: la famille fondatrice d’ Eurofins, qui possède 44% du capital de la boîte, échappera aux droits de succession à la française… Enfin, en cas d’ OPA au Luxembourg, Eurofins disposera de moyens juridiques plus souples pour y faire obstacle. C’est donc tout bénéfice pour Eurofins et ses créateurs. Quant au fisc français, il aura seulement le droit de regarder passer le camion de déménagement.

source: le canard enchainé

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1 Commentaire sur “Exil fiscal d’ Eurofins”

  1. albert einstein dit :

    Eurofins : Les salariés se mobilisent face aux licenciements boursiers…

    Mercredi dernier, une grande partie des salariés de la division environnement du laboratoire EUROFINS était en grève. A l’initiative du laboratoire bordelais, ex-Laboratoire Municipal de Bordeaux, puis Institut Pasteur Lille, certains avaient fait le voyage jusqu’à Paris pour manifester de façon collective Place de la Bourse, lieu hautement symbolique en regard du traitement dont ils font l’objet de la part de la direction de leur entreprise.

    En effet, Eurofins, qui a fait en 2011 quasiment un milliard de chiffre d’affaire et qui a engrangé dans le même temps 57 millions d’euros de bénéfices, soit plus du double par rapport à 2010, rachète puis démantelle les laboratoires régionaux, détruit de façon définitive les emplois, et ce pour des raisons purement boursières et pour accroitre de façon éhontée ses profits alors qu’il n’a pas la moindre difficulté financière…

    Toujours dans cette même logique boursière et financière – celle-ci n’ayant décidément rien à voir avec la logique tout court – le groupe délocalisé au Luxembourg depuis juin 2012, n’hésite pas à supprimer les activités rentables du laboratoire bordelais, veut les contraindre à céder l’ensemble de leur outil de travail pour le leur relouer à prix d’or en suivant (ce qui videra l’entreprise de sa substance, celle-ci ne possédant plus aucun actif et donc plus aucune valeur marchande), et licencie les salariés par petits groupes pour éviter un plan social… Au delà, et alors que le laboratoire bordelais n’est pas en déficit, Eurofins par le biais de manoeuvres purement comptables, alourdi les charges pesant sur le bilan financier de celui-ci afin de justifier les licenciements et le sabordage d’une entité qui fonctionne mais qui ne rentre pas dans le moule de la mutinationale. En effet, Eurofins ne conçoit l’analyse que dans le cadre d’un processus industriel, qui doit lui rapporter gros à court terme, peu importe le service au client ou même la qualité de ce service, l’important étant la capitalisation boursière et le dividende versé à l’actionnaire….. Cela en dit long sur l’éthique réelle de ce groupe, aux antipodes de celle affichée dans les documents proposés aux investisseurs et dans lesquels Eurofins, c’est l’analyse dans le monde merveilleux des bisounours !

    Si on cherche un peu plus loin, on constatera que le groupe Eurofins est structuré en une multitude de petites entités de type SARL, juridiquement indépendantes, lui évitant ainsi la présence de syndicats trop encombrants, divisant par la même le salariat, et contournant aussi la réglementation en matière de Comité d’entreprise etc…

    Brefs, vous l’avez compris, les patrons voyous, ça existe bel et bien, en France, en 2012, sous nos yeux, et ceux d’Eurofins sont en tête de la liste.

    Malheureusement, lorsqu’il s’agit de santé publique, c’est très grave, puisque le laboratoire bordelais a la charge, entre autres, du contrôle de la potabilité de l’eau du robinet, des aliments et des eaux de baignade… En délocalisant ces analyses, en les confiant à des usines situées aujourd’hui à l’autre bout du pays mais peut-être demain à l’autre bout du monde ( Eurofins est présent dans plus de 33 pays ), et au sein desquelles on ose recruter des experts avec Bac +5 en leur proposant un salaire de 1500 euros, on mesure le risque que l’on fait courir à la population dant la santé dépend de ces analyses et de leur rapidité d’éxécution… Car encore une fois, la vocation d’Eurofins, ce n’est pas l’analyse mais le profit. Et si le microbiologiste chinois est moins cher que le technicien français, je vous laisse imaginer l’avenir…

    Aujourd’hui, Bordeaux et sa région disposent d’un laboratoire local, où travaillent des spécialistes dont le sérieux et la compétence sont connus et reconnus à l’échelon national. Il participe quotidiennement à la santé publique. Sa disparition entrainera la disparition définitive de plus de 100 emplois, et une perte énorme en matière de sécurité alimentaire et environnementale.

    Ne laissons pas la logique boursière mettre en danger notre santé !