La police a suspendu l’ enquête sur le financement de Sarkozy en 2007

Une commission rogatoire délivrée au début de mars par le juge bordelais Jean-Michel Gentil a tétanisé la brigade financière. En pleine campagne présidentielle, le magistrat chargé du dossier Bettencourt demandait aux policiers d’aller farfouiller dans les comptes des fournisseurs de la campagne de en 2007.

Enquête sur le financement de Sarkozy en 2007 suspendueImprimeurs, services de sécurité, colleurs d’affiches, organisateurs de meetings… Le juge, qui a déjà fait saisir les comptes du candidat de l’ époque, leur a donné pour consigne de cibler les entreprises susceptibles d’avoir été payées avec de l’argent liquide provenant des comptes suisses de Liliane Bettencourt.

La démarche a sidéré la hiérarchie policière. D’ordinaire, à la veille des échéances électorales, les magistrats respectent une sorte de trêve sacrée, et mettent en sommeil leurs dossiers trop sensibles. La coutume semble avoir du plomb dans l’aile au palais de justice de Bordeaux. Mais pas les chez les poulets, qui ont imaginé l’effet que produirait l’annonce d’une perquisition effectuée juste avant le scrutin chez un ancien prestataire de Sarkozy. Courageuse mais pas téméraire, la brigade financière a donc décidé, sans consulter le magistrat, de ne pas exécuter les ordres reçus. Du moins, pas avant le second tour de la présidentielle.

Noël Robin, le patron de la brigade financière, a fini par cracher le morceau à Jean-Michel Gentil, qui s’inquiétait à la fin mars de l’avancement de l’enquête. Aux dernières nouvelles, le juge n’aurait pourtant pas pris ombrage du refus des poulets et aurait décidé d’attendre sagement les élections avant de repartir à l’assaut.

La brigade financière n’a d’ailleurs pas décrété une grève totale du zèle. Elle continue de travailler sur des aspects moins brûlants du dossier. Ses inspecteurs cherchent ainsi toujours à identifier le mystérieux factotum qui apportait l’ argent rapatrié de Suisse, 4 millions d’euros entre février 2007 et décembre 2009, à Patrice de Maistre, l’ancien bras droit de Bettencourt, aujourd’hui en détention provisoire ( voir Financement illégal de la campagne de Sarkozy en 2007).

Pour l’instant, rien ne prouve que tout ou partie de ce bel argent a été versé à l’ UMP. Les enquêteurs ont juste relevé de troublantes coïncidences. Ainsi, 400 000 euros en liquide sont remis, le 5 février 2007, à Patrice de Maistre. 2 jours plus tard, le trésorier de l’ UMP, Eric Woerth, a, de son propre aveu, rendez-vous dans un café avec le gestionnaire de fortune de Bettencourt. Et à la date du 24 février, les agendas de Liliane et de son défunt mari, André ( saisi par la justice), portent la mention d’une visite effectuée à leur domicile par un certain « Monsieur Nicolas S ». Pour des remerciements chaleureux ? Vu l’emploi du temps du candidat, Liliale et André ont sûrement apprécié cette délicate attention à sa juste valeur…

Autre hasard, le 26 avril, entre les 2 tours de la présidentielle, 400 000 euros, encore, ont été retirés. Le même jour, le photographe François-Marie Banier note sur son carnet intime cette confidence de Mme Bettencourt: « De Maistre me dit que Sarkozy demande encore de l’argent. Si je dis oui, comment être sûr qu’il lui donne bien ? » Patrice de Maistre se défend en tout cas d’avoir gardé le moindre bifton pour son usage personnel. Au bord des larmes, il s’est écrié le 29 mars devant la chambre de l’instruction de Bordeaux qui s’apprêtait à le maintenir au trou: « Je n’ai rien fait de ce qui m’est reproché, j’ai seulement travaillé. Ce que ne j’ai pas fait, c’est arrêter un système qui existait depuis 40 ans ».

Ce début d’aveu vise, au premier chef, Andre Bettencourt, mort en novembre 2007.  L’ex-ministre gaulliste était bien connu du monde politique pour ses largesses. Mais, depuis son décès, le « système » semble avoir perduré. Et l’équipe Sarkozy balise à l’idée que de Maistre puisse craquer. « S’il se met à parler, Nicolas est foutu« , soupire un financier, proche du Président.

lui-même a volé au secours du prisonnier au micro de France Inter: « On peut s’étonner sur les raisons qui conduisent à écrouer cet homme par rapport aux règles qui sont celles de notre justice« , s’est proclamé le Premier ministre. Se rendant compte de sa bévue, il a presque aussitôt rectifié ses propos: « Je suis garant aussi du bon fonctionnement des institutions judiciaires, donc je retire cette phrase. »

Après de Maistre, un autre « gros client » attend le juge Gentil: Jean-Pierre Meyers, le gendre de Liliane Bettencourt, qui paraît avoir joué un rôle clé dans la gestion des sous planqués en Suisse. Un témoin a raconté au Canard enchainé les nombreuses et actives visites rendues par Jean-Pierre Meyers à l’avocat genevois René Merkt, qui gérait les fonds occultes. Parfois en compagnie de Patrice de Maistre. Parfois seul. Et la disparition de 4 millions n’avait pas eu l’air de l’émouvoir. C’est si peu de chose…

source: le Canard enchainé

 

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