Les relations troubles entre Tapie et l’ arbitre Estoup

Le témoignage d’un petit actionnaire apporte la preuve de l’engagement de l’arbitre Estoup aux côtés de Bernard Tapie dans le dossier Adidas-Crédit lyonnais.

Les relations troubles entre Tapie et l' arbitre EstoupPlus de 4 ans avant d’officier comme arbitre impartial et de trancher le contentieux Adidas, Pierre Estoup travaillait déjà au service de Tapie dans ce dossier ! La preuve en est apportée par le témoignage du responsable d’une association de défense des petits actionnaires, Didier Cornardeau, recueilli le 22 juin par les enquêteurs de la brigade financière. Encore un détail que l’ancien magistrat, censé ne pas connaître Tapie, avait oublié de déclarer lorsqu’il a été choisi comme arbitre…

Le président de l’ Appac ( Association des petits porteurs actifs) a révélé, le 20 juin sur BFM Radio, avoir été contacté en 2004 par Tapie, puis par Estoup. L’un et l’autre demandaient un coup de main pour faire pression sur le Crédit lyonnais et le CDR ( organisme chargé de gérer les actifs pourris de la banque). Dès le lendemain, les enquêteurs de la financière faisaient 900 km pour aller interroger – pendant 3 heures et demie – Cornardeau, en vacances dans les Pyrénées-Orientales. Ils voulaient absolument connaître sa version avant d’entendre Tapie, à partir du 24 juin.

En mars ou avril 2004, a raconté Cornardeau aux policiers, Maurice Lantourne, l’avocat de Tapie, l’a informé que son client souhaitait le rencontrer pour parler du Crédit lyonnais. Rendez-vous fut pris au sous-sol d’un pizzeria de la rue de Seine, à 2 pas du domicile de Tapie. « Il m’a accueilli en me disant: « Jusqu’à maintenant, vous avez défendu des cons. Maintenant, choisissez le bon camp » », raconte Cornardeau au Canard enchainé. Et d’expliquer: « j’ai besoin de l’image d’une association de défense des petits actionnaires pour faire avancer ma cause contre le Crédit lyonnais ». Cornardeau refuse. 2 ou 3 semaines plus tard, le défenseur des petits actionnaires sonne de nouveau. Au bout du fil, Pierre Estoup. Il souhaite le « rencontrer rapidement ». Rendez-vous est pris au tribunal de commerce de Paris. Là, Estoup attaque plein pot. « Je suis avocat général honoraire et j’ai le bras long », lâche-t-il en matière de préambule. Et à Cornardeau, « complètement stupéfait », il explique: « Nous voulons obliger le CDR à abandonner la voie judiciaire et à entamer une procédure amiable. Il faudrait qu’une association connue intervienne. Vous toucherez d’importants dédommagements en cas de réussite ». Et l’ancien magistrat de préciser qu’il faudrait alors lui verser  » des honoraires confortables ». « Estoup était envoyé par Tapie pour essayer de m’acheter, et je l’ai éconduit », assure Cornardeau.

Les refus de Cornardeau n’empêchent pas Tapie de poursuivre ses efforts. En novembre 2004, il obtient de Nicolas – alors ministre des Finances – l’ouverture d’une « médiation », confiée à l’ancien procureur à la Cour de cassation Jean-François Burgelin. En mars 2005, Burgelin propose de passer l’éponge sur toute l’affaire, en déclarant Tapie « ni failli ni enrichi », le CDR effaçant ses dettes à hauteur de 135 millions d’euros. « Je n’ai pas fait tout ça pour me retrouver sans un sou », tempête Tapie. Il refuse la proposition et continue d’oeuvrer pour des jours meilleurs. Qui arrivent le 8 juillet 2008, quand un tribunal arbitral où siège l’ami Estoup lui accorde 403 millions d’euros ( voir Les relations troubles entre Tapie et Sarkozy).

Article extrait du Canard enchaîné du  26/06/13

 

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1 Commentaire sur “Les relations troubles entre Tapie et l’ arbitre Estoup”

  1. Patrick25 dit :

    650 pages de lectures insolites pendant vos vacances.
    Refaire le monde serait si facile cet été.
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