Les relations troubles entre Tapie et Sarkozy

Au lendemain de la victoire de , lundi 7 mai 2007, Bernard Tapie exulte: « Le « petit » est élu. Je suis sauvé dans Adidas, maintenant le pognon va couler« , confie-t-il à un proche.

Les relations troubles entre Tapie et SarkozyIl a bien coulé, vidant les caisses de l’ Etat de 400 millions d’euros. Et les dernières péripéties de l’enquête judiciaire le confirment: c’est grâce à Sarkozy et au feu vert donné à la procédure d’arbitrage que le « pognon » a « coulé ». Pourquoi cette munificence ? Comment expliquer un tel soutien de Sarkozy, lourd de conséquences financières mais aussi – on le voit aujourd’hui – judiciaires et politiques ? ( voir Bernard Tapie braque les contribuables)

L’histoire commence il y a plus de 30 ans à Neuilly. En 1983, Tapie et Sarkozy se rencontrent chez le publicitaire Jacques Seguela. A l’époque, Nanard fréquente plutôt Gérard Longuet et Alain Madelin, et proclame: « je suis un libéral. » Au point que le RPR ( devenu l’ UMP) lui propose une circonscription aux législatives de 1986. Qu’il refuse. Autre lien entre Tapie et Sarkozy, Martin Bouygues, qu’ils connaissent l’un et l’autre. Dès lors, leurs chemins ne cessent de se croiser. Tapie fait rigoler Sarkozy, qui manifeste à son égard une amitié débordante. Le maire de Neuilly, lui, se retrouve dans ce personnage qui na lâche jamais prise et croit, comme lui, que « la victoire appartient à ceux qui la désirent le plus ».

En 1987, touché par la grâce, Nanard s’engage à gauche. Il gagne ainsi quelques bonnes relations socialistes mais n’en perd aucune à droite. Sarkozy, lui, voit l’utilité politique de ce très populaire bateleur, susceptible d’aspirer les voix de gauche. Tapie en fait la démonstration en 1994, sur instruction de Mitterrand, pour couler la liste Rocard aux élections européennes. Et puis mieux vaut avoir dans sa poche celui qui a acheté le parti radical pour une poignée de cerises et se vante d’avoir torpillé Jospin en poussant la candidature de Christiane Taubira à la présidentielle de 2002.

En Mars 2004, Sarkozy à peine installé à Bercy, il est l’un de ses tout premiers visiteurs. Et, 3 ans plus tard, Tapie appelle évidemment à voter Sarkozy, dézinguant à tout-va Ségolène Royal. Tapie est alors un élément central dans la stratégie de « triangulation » – la capture de personnalités de gauche – de Sarkozy. C’est encore lui qui organise, à la fin de mars 2007, une rencontre secrète entre le futur président et Bernard Kouchner ( officiellement soutien de Ségolène) pour sceller son ralliement.

Sarkozy à l’ , Tapie ne le lâche pas d’un pouce. Il est – encore ! – le premier visiteur du ministre de l’ Economie, Jean-Louis Borloo, le lendemain de sa nomination à Bercy. Parallèlement, il multiplie les appels téléphoniques au Président. Cela tourne même au harcèlement. Il s’incruste ( au moins une fois par mois) à l’ Elysée. Sujet de l’ordre du jour: un arbitrage pour Adidas. « Il ne parlait que de ça », a expliqué Stéphane Richard au Canard enchainé. Lassé, le Président tente de refiler le bébé à Hortefeux. Lequel en a vite marre. Il affirme, en privé, qu’il « n’en peut plus ». Fin juillet, c’est le tour de Guéant, qui donne dans son bureau le feu vert présidentiel pour l’arbitrage en or massif.

Personne ne se doute alors que, 5 ans plus tard, la justice présentera l’addition…

Article extrait du Canard enchaîné du  19/06/13

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