Microsoft menace la Défense et son budget

La est sur le point de reconduire son contrat avec Microsoft. Un choix qui coûte cher, augmente les risques d’espionnage  et se négocie… dans un paradis fiscal.

Microsoft menace la Défense et son budgetLes généraux français s’apprêtent à reconduire, sans trembler, le mirifique contrat informatique qui, depuis 2009, lie notre armée à Microsoft. La manoeuvre, programmée pour le début du mois de mai, est menée en tenue de camouflage. Il n’y a effectivement pas de quoi pavoiser: le ministère de la Défense avait signé son premier marché avec Bill Gates dans des conditions peu glorieuses.

En 2009, Microsoft propose de rassembler, dans un service unique, les multiples contrats d’équipement en logiciels passés avec les différents organismes militaires, soit une vingtaine au total. Objectif: permettre aux trouffions de se servir comme ils l’entendent dans le catalogue de Microsoft. Un accord alors qualifié d’ « open bar ». Résultat de cette belle offre: pas d’appel d’offres ! Le marché est non seulement passé « de gré à gré », mais validé, en dépit de 2 rapports internes sans équivoque: les deux déconseillent fortement de se lancer dans cette aventure avec Microsoft.

Le premier de ces documents est signé du rapporteur de la Commission des marchés publics de l’ Etat. Celui-ci a visiblement du mal à saisir les raisons qui poussent la Direction des systèmes d’information de la défense ( Dirisi) à se passer d’une mise en concurrence. Et il compare aimablement l’opération à un « délit de vente liée« . Car les ordinateurs de la Défense sont déjà équipés du d’exploitation Windows, édité par Microsoft. Puis, insistant sur ses « doutes« , mais aussi sur sa « gêne » vis-à-vis de cet « abus de position dominante« , ce même rapporteur canonne: à ses yeux, l’opération s’annonce pour le moins « opaque » et « à l’opposé des préoccupations centrales de la RGPP ( révision générale des politiques publiques) ». Rompez !

Las, le 2ème rapport va encore plus loin. Rédigé en février 2008, il émane d’un groupe de travail du ministère pourtant créé tout exprès pour se pencher sur la question des logiciels de l’armée française et éviter les dérives. Pour le moins dubitatifs, ses auteurs commencent par quelques sommations d’usage:  » La seule certitude de la proposition de Microsoft« , écrivent ces experts militaires, est qu’elle va entraîner « une dépense supplémentaire de 3 millions d’euros par an« . Par les temps qui courent, une idée de génie !

Encore plus génial: le risque de « perte de souveraineté nationale » vis-à-vis des Etats-Unis, puisque la NSA ( le plus important des services de renseignement américains, chargé de l’espionnage des télécommunications) « introduit systématiquement des portes dérobées, ou backdoors« , dans les logiciels exportés. Et pour ceux qui ne sauraient pas lire entre les lignes, nos experts écrivent que le système informatique de l’armée française serait « susceptible d’être victime d’une intrusion de la NSA dans sa totalité« . Rien que ça !

Ces avertissements ont été ignorés. « Les USA n’ont pas besoin de ce contrat pour pénétrer nos systèmes informatiques« , se défend un grand chef. Rassurant ! Et ce document officiel, qui sonnait l’alarme, a étrangement connu, lui aussi, un classement vertical. Depuis son installation, le cabinet du nouveau ministre socialiste de la Défense, Jean-Yves Le Drian, n’en avait jamais entendu parler.

Dans une note de janvier 2013, le général de corps d’armée Patrick Bazin, actuel patron de la Dirisi, milite pour la reconduction de ce beau contrat avec Microsoft. Avec cet argument massue: l’ « interopérabilité entre alliés« . Car, explique-t-il, « l’Otan a fait le choix des solutions Microsoft pour ses postes de travail« . Comme si les alliés ne pouvaient pas, en 2013, communiquer quels que soient les systèmes d’exploitation ( Windows, Mac, GNU/Linux) ou les programmes utilisés… Il existe même des logiciels non seulement gratuits, mais aussi beaucoup plus sûrs, car « ouverts »: tout utilisateur peut vérifier qu’ils ne sont pas « piégés« . Les produits Microsoft, eux, sont totalement opaques.

Ce 3 étoiles ne s’étend pas non plus sur l’ultime gag de ce contrat: en pleine guerre contre les paradis fiscaux, la Défense a accepté de signer avec la filiale irlandaise de Microsoft, qui dispose pourtant d’un siège en banlieue parisienne. Les prestations sont facturées du côté de Dublin, sous le nez du français. Et c’est cette même filiale qui vaut aujourd’hui à la multinationale une redressement fiscal de 52,5 millions d’euros, réclamé par Bercy ( voir Microsoft doit 52 millions au fisc).

Bazin n’est que le n-ième poisson pris dans la nasse. La perte de souveraineté dans ce segment des logiciels, donc dans tout le reste, date de l’automne 2006, quand un certain chef de bureau de l’EMAT a forcé la main de l’EMA, de la DGSIC et de la DIRISI pour acheter de manière illégale via GAIA3 40 000 licences office. C’était 15 jours après que le ministre ne signe la « directive logiciels », prévoyant la migration vers open-office. Puis en 2008, il y a eu l’accord-cadre avec Microsoft Irlande, en fait un contrat d’adhésion rédigé par des avocats US : en gros, open bar, mais la Défense bascule d’une acquisition des progiciels à une licence utilisateur à durée limitée, moyennant un chèque de 100 euros par poste et par an (sans le support). Plus cher que le quidam qui achète un PC à Carrefour. Et la Défense faisait rentrer les ingénieurs de Microsoft pour infogérer tout cela (et accessoirement participer à la spécification de SI où ils pourront candidater par la suite, ou encore juger les offres de SI incluant des composant Microsoft).

Pourvu que Moscovici ne poursuive pas Le Drian pour complicité de fraude fiscale !

source: le canard enchainé

Partagez:

Voir aussi

Étiquettes : ,

Les commentaires sont fermés.