Vinci préfère le fric à la fac

Vinci s’était engagé à consolider des bâtiments universitaires aux planchers trop fragiles. Promesse oubliée : la sécurité ferait s’écrouler les bénéficies.

Vinci préfère le fric à la facD’après les avis de plusieurs experts sur les nouveaux bâtiments de l’ université Paris-VII-Diderot, leur structure n’est pas assez résistante et la sécurité de l’ensemble est en jeu.

En avril 2010, le groupe Vinci, responsable du chantier, s’était alors engagé à réaliser les travaux de consolidation nécessaires. Mais depuis 18 mois, Vinci s’est appliqué à ne tenir aucune de ses promesses. La sécurité attendra.

Après le lancement du désamiantage de la fac de Jussieu, la construction de 4 édifices tout neuf ( 45 000m²), destinés à accueillir une partie des 30 000 étudiants de Paris VII, avait été décidée à la fin des années 90. Coût pour l’ Etat : 273 millions. Il faut dire que ces immeubles sont édifiés dans des conditions ardues : 3 d’entre eux doivent s’élever au-dessus des voies du TGV venant de la garde d’ Austerlitz. Ils reposeront sur des dalles elles-mêmes perchées sur des poutres et de piliers partant du sol. Le tout soumis à d’intenses vibrations ferroviaires…

Or, contrairement aux engagements figurant dans le cahier des charges, Vinci, bétonneur en chef du projet, a trouvé le moyen de réaliser de sérieuses économies. Théoriquement fixée à 400 kilos par mètre carré, la résistance des planchers s’est vue abaissée, dans une partie des salles, à 250 voire 150 kilos par mètre carré.

Des valeurs dangereuses pour des immeubles destinés à recevoir du public, a jugé Philippe Blandin, l’architecte de l’un des bâtiments. Ces bêtes scrupules lui vaudront de perdre le contrat. Les étudiants accueillis dans ces locaux n’auront pas intérêt à  se pointer en trop grand nombre. Et encore moins à y sauter en cadence !

L’architecte n’était pas le seul à s’inquiéter : à ses côtés, le bureau de contrôle Qualiconsult et la plaidaient eux aussi pour une résistance uniforme de 400 kilos par mètre carré. Seul hic : une telle norme impliquait un renforcement sévère des structures porteuses, et un surcoût de taille…

Quelques mois plus tard, en novembre 2010, Vinci reconnaît implicitement ses torts. Il signe avec la Semapa, société d’ économie mixte chargée d’aménager ces lieux ( dont la ville de Paris détient 57%), un protocole de travaux. La principale poute porteuse et plusieurs points d’appui seront fortifiés.

Un mois plus tard, beaucoup plus discret, un « comité de direction » réunit des responsables de Vinci et de sa filiale, le bureau d’études Sicra. Et cette fois, selon le compte-rendu confidentiel que s’est procuré me canard enchainé, c’est une tout autre chanson. Les travaux de consolidation apparaissent soudain hypothétiques. Il est question de points d’appui « que nous pourrions devoir changer » et des fondations  » que nous ne changerons pas ». Suit cette réflexion éloquente :  » Le chantier se dirige vers un démarrage des pieux ( piliers de base) vers le 17 décembre, sans approbation, de façon à brusquer les choses« . La politique du fait accompli, c’est plus solide que du béton.

Ce numéro de cynisme se poursuite jusqu’en juin dernier. Toujours en litige avec Vinci, l’architecte Philippe Blandin dépêche un huissier au siège du groupement de constructeurs qui dirige le chantier. Le responsable projet crache froidement le morceau : aucun travail de consolidation n’a été effectué. En octobre, une plainte contre X est déposée par Blandin. En 2 temps 3 mouvements, le parquet la classe sans suite. Vinci n’a pas que des ennemis…

Mais voilà que la SNCF, actionnaire à 20% de la Semapa, tire à son tour le signal d’alarme, et sans douceur. Dans un message du 6 juillet, un directeur d’opération dénonce des « divergences entre les plans » et la réalité des travaux exécutés… Il constate aussi que la consolidation des poutres est sur une voie de garage. Ne pas « réaliser les renforcements en temps voulu pourrait engager la sécurité du ferroviaire, et nous nous verrions dans l’ obligation de faire arrêter votre chantier« . Cette fois, la menace est sérieuse.

Interrogé sur ce déluge d’avis désobligeants, Vinci n’a pas souhaité répondre. Quant à la direction de l’université Paris-VII, elle n’a montré, depuis le début des travaux, aucune inquiétude et elle ne cesse de renouveler sa confiance au constructeur. Dans cette fac, la sécurité des étudiants est peut-être une matière à options ?

source: le canard enchainé

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2 Commentaires sur “Vinci préfère le fric à la fac”

  1. Gnommy dit :

    Il faudra attendre une catastrophe pour que soit dénoncer ce que le lobbyisme et le copinage réussissent à faire dans l’industrie ?

    Même si une catastrophe advenait, ils ne seraient pas inquiétés, les diverses fautes seraient reléguées sur la responsabilité des intervenants ultérieurs à la ‘ reconnaissance de la faute ‘.

    Il y a une autoroute, près de Lyon, qui va faire, elle-aussi, parler d’elle niveau ‘ béton ‘ ( si si, vous seriez même étonnés de la quantité de béton utilisé pour construire des autoroutes… )

    Devinez qui est le Maître d’ oeuvre ?

  2. Marcus dit :

    La très grande « proximité » de François Montarras vice président de paris7 en charge du PPPavec philippe Ducamp directeur commercial de la SICRA peut expliquer entre autre la démission de la personne publique faces aux nombreuses dérives de VINCI .